Indice Entrepreneurial Français 2025 : 1 Français sur 3 engagé dans l’entrepreneuriat

Entrepreneuse rurale en réflexion sur son projet entrepreneurial dans un tiers‑lieu du Gâtinais

La cinquième édition de l’Indice Entrepreneurial Français (IEF), réalisée par l’Ifop pour Bpifrance Le Lab et publiée fin 2025, offre une photographie précieuse de la dynamique entrepreneuriale du pays. 
Le chiffre mis en avant – plus d’1 Français sur 3 engagé dans l’entrepreneuriat – mérite qu’on s’y arrête : que recouvre exactement ce pourcentage, qu’est‑ce qu’il dit du moment que nous traversons, et qu’est‑ce qu’un entrepreneur du Gâtinais peut en tirer de concret ? 

Ce que mesure l’Indice Entrepreneurial Français

L’Indice Entrepreneurial Français est une enquête de référence menée par l’Ifop pour Bpifrance Le Lab, sur un échantillon de 5 500 personnes représentatives de la population française âgée de 18 ans et plus. 
Il mesure l’« appétence à entreprendre » sous deux angles : l’engagement entrepreneurial proprement dit (la place de chacun dans la « chaîne entrepreneuriale ») et la culture entrepreneuriale (représentations, aspirations, rapport au risque, etc.). 

Concrètement, l’IEF distingue plusieurs profils :

  • les personnes qui ont une intention d’entreprendre ;
  • celles qui sont en train de monter leur projet ;
  • celles qui dirigent actuellement une entreprise ;
  • celles qui ont déjà dirigé une entreprise par le passé. 

L’intérêt de cette approche, c’est qu’elle dépasse largement les seules créations d’entreprise enregistrées à l’INSEE : elle capte aussi l’envie d’entreprendre, les projets en gestation, les tentatives passées, tout ce qui ne se voit pas dans les statistiques administratives mais façonne la dynamique entrepreneuriale réelle du pays.

« 1 Français sur 3 », ça veut dire quoi exactement ?

Selon l’édition 2025 de l’IEF, 34% des Français de 18 ans et plus participent à la chaîne entrepreneuriale, soit un peu plus d’un tiers de la population adulte.

Ces 34% regroupent trois grandes catégories : les personnes qui ont l’intention de créer ou reprendre une entreprise, celles qui sont en train de monter leur structure, et celles qui dirigent déjà une entreprise active ou l’ont dirigée par le passé. 

Autrement dit, ce n’est évidemment pas 34% des Français qui sont aujourd’hui patrons d’entreprise, mais 34% qui se sentent directement concernés par l’entrepreneuriat, parce qu’ils y pensent, sont en projet, ou ont déjà franchi le pas à un moment de leur parcours. 
Bpifrance souligne par ailleurs que cette part a progressé au fil des dix dernières années, malgré un contexte économique « mou », ce qui confirme que l’entrepreneuriat s’ancre durablement dans les aspirations professionnelles des Français. 

Pourquoi ce chiffre est intéressant pour un territoire rural

Pour un territoire comme le Gâtinais Est, où la proportion d’indépendants, d’artisans et de TPE est élevée au regard de la population, cette dynamique nationale n’est pas une abstraction : elle se traduit très concrètement dans les projets, les reprises et les reconversions que voient passer les structures locales.
Même si l’IEF montre que la progression est plus marquée en zone urbaine qu’en zone rurale, d’autres études (France Active, collectivités, observatoires régionaux) confirment que l’envie d’entreprendre irrigue aussi les territoires hors métropoles, avec des formes souvent différentes : multi‑activité, pluriactivité, micro‑entreprises, projets ancrés dans les besoins de proximité. 

Une démocratisation qui touche aussi la ruralité

Pendant longtemps, l’image de « l’entrepreneur » en France se limitait à deux figures : le patron de PME industrielle d’un côté, la start‑up parisienne de l’autre.
Les artisans, commerçants, agriculteurs et indépendants du monde rural se reconnaissaient assez peu dans ce mot, alors même qu’ils incarnent au quotidien la prise de risque, l’investissement personnel et la création de valeur locale.

Les données nationales de l’IEF, complétées par les travaux de réseaux comme France Active, montrent que cette frontière symbolique s’efface progressivement : l’entrepreneuriat est de plus en plus perçu comme un horizon accessible, y compris en dehors des grandes métropoles. 
Les auto‑entrepreneurs ruraux, les micro‑fermes, les commerces de proximité repris, les artisans qui structurent et pérennisent leur activité participent à une vraie dynamique territoriale, et le Gâtinais ne fait pas exception.

Le profil des entrepreneurs se diversifie

Un autre enseignement clé de l’IEF 2025, c’est la diversification des profils engagés dans la chaîne entrepreneuriale.
La participation des femmes progresse régulièrement depuis 2018 : elles sont désormais 3 sur 10 à se situer dans la chaîne entrepreneuriale (intention, projet ou direction d’entreprise), même si leur niveau reste légèrement inférieur à celui des hommes. 

Les jeunes adultes restent également très présents : les 18–29 ans figurent parmi les tranches d’âge les plus engagées dans la dynamique entrepreneuriale, même si l’édition 2025 souligne le rôle croissant des 30–49 ans dans la progression globale de l’indice. 
À cela s’ajoutent les profils en reconversion professionnelle, qui constituent une part significative des porteurs de projet : salariés lassés de leur environnement, personnes en transition ou en sortie de secteur, actifs en quête de sens.

Dans le Gâtinais, cette diversification est très visible dans les permanences d’accompagnement à La Ruche Eco : porteurs de projet en sortie d’études, salariés en reconversion, retraités qui prolongent une activité sous forme de micro‑entreprise, mères de famille qui structurent une activité freelance, etc.
Ce foisonnement de profils est une bonne nouvelle : il enrichit le tissu économique local et multiplie les formes de projets, du très classique au plus hybride.

Un changement de regard sur l’entrepreneuriat

L’IEF 2025 souligne aussi une évolution des représentations : 3 Français sur 10 considèrent désormais l’entrepreneuriat comme la carrière idéale, contre 1 sur 4 en 2021 et 2023. 
Cette appétence ne concerne pas seulement ceux qui sont déjà dans la chaîne : même parmi les personnes qui n’ont jamais entrepris, 1 sur 5 voit l’entrepreneuriat comme une option de carrière désirable. 

Ce changement culturel pèse directement sur les territoires ruraux : il alimente l’envie de création ou de reprise de commerce, d’installation en tant qu’indépendant ou d’activité complémentaire, souvent en lien avec des valeurs de proximité, de transition écologique ou de relocalisation des services.

Les freins qui restent, et comment les contourner

L’enquête de Bpifrance et d’autres travaux identifient plusieurs freins récurrents à l’entrepreneuriat. Trois d’entre eux ressortent particulièrement et prennent une couleur spécifique en milieu rural : le financement, la peur de l’échec et l’isolement.

Le financement

L’accès au financement arrive systématiquement en tête des freins cités par les porteurs de projet, toutes tailles d’entreprise confondues. 
En milieu rural, ce ressenti est souvent renforcé : agences bancaires plus éloignées, perception de risque plus élevée sur certains secteurs, manque de garanties, etc.

Pourtant, les solutions existent :

  • Initiative Loiret propose des prêts d’honneur personnels, sans intérêts ni garanties, qui renforcent les fonds propres et sécurisent le regard de la banque.
  • France Active Centre‑Val de Loire intervient sur les projets à forte dimension sociale ou territoriale, via garanties et financements complémentaires.
  • l’ADIE permet, via le microcrédit, de financer des projets qui n’entrent pas dans les critères bancaires classiques. 

Le réflexe utile, pour un porteur de projet du Gâtinais, c’est de ne pas attendre un refus bancaire pour aller voir ces acteurs : les rencontrer en amont permet souvent de consolider le dossier et de présenter à la banque un plan de financement plus solide.

La peur de l’échec

La peur de l’échec reste un frein culturel bien identifié en France. 
Les travaux récents de Bpifrance Le Lab sur l’échec entrepreneurial montrent à quel point les dirigeants vivent difficilement les procédures collectives, tant sur le plan psychologique que social, et combien l’entourage peut peser dans le ressenti de « faute » ou de stigmatisation. 

Là encore, le collectif joue un rôle déterminant : échanger avec d’autres entrepreneurs qui ont connu des accidents de parcours, des redressements, des projets avortés mais ont rebondi, contribue à banaliser l’idée qu’un échec entrepreneurial n’est pas une fin de parcours.
Sur le Gâtinais, les apéros LEA, les rencontres de La Ruche, les ateliers animés avec Initiative ou d’autres partenaires remplissent précisément cette fonction de partage d’expérience entre pairs.

L’isolement

Enfin, l’isolement est un frein plus diffus mais tout aussi puissant, en particulier dans les villages et petites villes rurales.
De nombreux baromètres TPE‑PME montrent que les dirigeants souffrent du manque de pairs à proximité, de l’absence de « collègues », de la difficulté à partager leurs doutes, ce qui pèse autant sur leur santé mentale que sur leurs décisions stratégiques. 

C’est précisément pour répondre à cet enjeu que des tiers‑lieux comme La Ruche Eco ou La Maison du Manège existent : au‑delà du bureau ou de la salle de réunion, ce qu’ils offrent, c’est un espace où l’on croise d’autres entrepreneurs, où l’on peut débriefer un rendez‑vous, parler d’un souci de trésorerie autour d’un café, ou simplement ne pas être seul face à son écran.
Ce sont des choses simples, mais, sur la durée, elles font souvent la différence entre un projet qui s’essouffle et un projet qui tient.

Ce qu’on peut retenir pour son propre parcours

Pour un entrepreneur ou porteur de projet du Gâtinais Est, l’Indice Entrepreneurial Français 2025 et les ressources associées donnent au moins trois messages utiles.

1. Vous n’êtes pas seul

Statistiquement, près d’**un tiers des Français de 18 ans et plus** sont engagés d’une manière ou d’une autre dans l’entrepreneuriat. 
Si vous êtes en cours de réflexion ou de montage de projet, vous n’êtes ni un cas à part, ni « marginal » : vous faites partie d’un mouvement de fond qui traverse l’ensemble de la société.

Les structures d’accompagnement locales – LEA Gâtin’Est, La Ruche Eco, Initiative, BGE, France Active, ADIE – existent précisément parce que cette demande est massive et qu’il y a un enjeu collectif à transformer cette énergie en projets viables.

2. La diversification des profils est une chance

Le moment est plutôt favorable aux profils atypiques : femmes, jeunes, reconversions, projets hybrides, activités multi‑casquettes. 
Les financeurs et accompagnateurs sont désormais habitués à voir passer des projets qui ne rentrent pas parfaitement dans les cases classiques, à condition qu’ils soient bien pensés et bien argumentés.

Pour le Gâtinais, c’est une opportunité : les parcours de vie variés, les compétences acquises hors du territoire, les envies de revenir « au pays » pour y développer une activité nouvelle sont autant de ressources à valoriser, pas des handicaps à cacher.

3. Les freins identifiés ont des contournements connus

  • Le financement n’est pas un mur infranchissable dès lors qu’on mobilise les bons acteurs (Initiative Loiret, France Active, ADIE, BGE, banques coopératives, etc.).
  • La peur de l’échec se dilue au contact d’autres entrepreneurs qui acceptent de raconter leurs galères autant que leurs succès.
  • L’isolement se rompt en poussant la porte d’un tiers‑lieu, d’un réseau d’entrepreneurs ou d’un atelier collectif – même si ce n’est « que » pour venir travailler une demi‑journée dans un espace partagé.

Le rôle de LEA Gâtin’Est et de ses partenaires, c’est précisément de raccourcir la distance entre l’envie d’entreprendre et le passage à l’action.
Et de faire en sorte que ce « 1 Français sur 3 engagé dans l’entrepreneuriat » se traduise concrètement, ici, par davantage de projets aboutis, durables, utiles au territoire.

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Sources et ressources utiles